mercredi 11 décembre 2019

Dépression au balcon


Personne ne peut imaginer ne rien ressentir, hein ! Ni joie, ni peine, ni colère, rien. Ne rien ressentir. Le vide total. L’absence de soi. L’absence de tout. La déconnexion totale de son propre corps et de son environnement. Plus rien n’existe et plus rien n’a de consistance, de texture, d’odeur, de goût, de couleur. Chaque jour suit, semblable au précédent, et probablement au suivant. Les petites choses de la vie ne sont que des faits bruts qui s’ajoutent les uns aux autres, sans filtres, sans interprétations. Rien, le Néant.

Feindre l’émotion pour ne pas inquiéter, car le vide, ça fait peur. La société interdit le vide, cherche à le combler par tous les moyens. Alors, tout individu qui sort du lot doit être banni, de peur qu’il soit contagieux. De fait, on se cache :

— Ça va ?
— Oui, comme toujours. 

Le sourire est là, accroché à un visage sans expression, le regard figé.
On vous croit. Enfin, on accepte de croire car on ne veut pas savoir. Savoir pourrait renvoyer à une vérité qu’on ne veut pas connaître.
Et si nous nous mentions ? Et si nous-même étions vides ?
Et si nous nous remplissions de futilités pour combler les gouffres de nos existences ?
Angoisse, triste constat.
Pourtant, l’absence de tout est là et bien là. Pas d’envies, pas d’idées, pas de sensations. Dépression.
Pas de vie. Pas de lumière. Pas de couleurs. Extinction des feux.
Et cette impression d’être englué dans une espèce de gélatine, de « Blob* »…
Réfléchir ? A quoi ?… Bouger ? Comment ?
Je ne ressens pas.
Si je gagne au loto ? La belle affaire. C’est le banquier qui va être content.
Non, je n’aime personne et n’ai envie d’aimer personne. Qu’en ferais-je ?
Si toute ma famille mourrait, ça ne me ferait ni chaud ni froid. Après tout, ce sont des choses qui arrivent et on y va tous. Plus tôt, plus tard… D’ailleurs, plus tôt, ça m’irait bien.
Pfft…, non, ça me fatigue. Cela demanderait trop d’efforts.
Alors quoi ? Attendre. C’est long. Oui c’est long de faire la plante verte sur le canapé. Dormir. Encore. On est bien quand on dort, parce qu’au moins, le corps se sent bien. Satisfaction.
Oh ! Un soupçon de ressenti !
Pas pour longtemps. Le vide est là. Lourd, poisseux, dense. Le trou noir intérieur.
Anesthésie des sens ? Anhédonie**.
Tout est tellement lourd qu’on n’arrive même pas à pleurer.
Pas envie. Non. Rien.
Juste… rien.
Juste… vide.
Pleine de vide.

Stéphanie Marie       9 décembre 2019

* The Blob est une créature de science-fiction du début des années 80, informe et gélatineuse qui engloutissait tout sur son passage et d’où on ne pouvait s’extraire. Une sorte de « slime » géant et vivant.

** Anhédonie : incapacité d'un sujet à ressentir des émotions positives lors de situations de vie pourtant considérées antérieurement comme plaisantes.

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