lundi 6 mai 2019

Le Temps des horloges... Phil oh temps !

Une fois par mois, au centre culturel Michel Manet, il faut montrer patte blanche pour accéder au premier.

Ce mercredi soir, après avoir décliné mon identité auprès de Dana, je suis autorisée à rejoindre l’assemblée. C’est le brouhaha des retrouvailles. Un bruit court dans la cage d’escalier :
« Le voilà ! »

17 h 30… Il est à l’heure. Vite, je regagne ma place au premier rang, récupère mon stylo. À côté de moi, le dévoué Christian prépare le magnéto. Vu la qualité du silence qui se répand comme une tache d’huile sur la mezzanine, on comprend vite que l’intervenant n’est pas un débutant. 

Après avoir salué l’assistance, notre professeur s’assoit derrière la table, exhume ses documents, allonge sa montre-bracelet marron en face de lui, sur le tapis de feutre vert.

Tiens ! Aurait-il lui aussi un problème avec le temps ? 


Il faut dire que la durée de son intervention est minutée, une déformation professionnelle sans doute : une heure pour l’exposé, une heure pour la discussion. Alors, pas question de musarder. Le programme est inépuisable, notre curiosité insatiable.

Je corrige mon assise, ouvre grand mes oreilles pour accueillir la parole. C’est parti ! Très vite nous voilà embarqués dans une folle épopée. L’humour en contrepoint, comme d’habitude le sujet est passionnant, le récit captivant émaillé d’anecdotes. Notre philosophe ratisse large de Thalès à Heidegger, du Big Bang à la physique quantique. Je m’accroche. Au pied du mur de Planck, au bord du trou noir, je ne lâche rien.  Soudain, notre conférencier regarde sa montre, s’arrête net médusé :

« Pas possible ! Une fois de plus, j’ai largement dépassé. Oui, comme d’habitude je suis en retard… très en retard même… »

Devant ses yeux hagards, sa bouche entrouverte, je vérifie in situ que le temps reste pour lui aussi un mystère. Eh ! Oui… Depuis Saint-Augustin on en est toujours au même point. Pourtant d’Héraclite à Bergson d’éminents philosophes ont travaillé la question. Ce soir je m’interroge… à Bergerac, le temps des horloges serait-il en avance sur la réalité ?  Il nous faudra en reparler.

Malheureusement, l’heure tourne. Je vérifie la date de notre prochaine rencontre sur mon agenda. Je vais encore devoir attendre un long mois. À la sortie, devant le centre culturel, je me retrouve nez à nez avec un ami d’enfance.  Je lui dis tout le bien que je pense de la conférence. Face à mon enthousiasme, le frivole me lance le sourire narquois :

« Pourquoi te piques-tu de philosopher à ton âge ? »

Je lui rétorque sans sourciller :

« Tiens, par exemple pour essayer de répondre à la question que tu viens de me poser :

Alors Colette, qu’est-ce que tu deviens ? »

Colette Ferullo

3 commentaires:

  1. Ben oui ! Alors, Colette, qu’est-ce que tu deviens ? À part la philo et l’atelier d’écriture, bailles-tu aux corneilles, te plancks-tu derrière St Augustin. Quoi qu’il en soit, merci pour ce trait d’humour philosophique.

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  2. Et si la liberté consistait à posséder le temps? ( dixit Sylvain-Tesson).
    jibé

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  3. Autant essayer d'attraper du vent.

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