samedi 2 mars 2019

Spleen

Contrainte : un texte, forme indifférente, sur une musique de : Melanie De Biasio - Your Freedom Is The End Of Me  (Avant de lire, cliquez sur le lien qui précède pour écouter Mélanie). 
                             
Commentaire : après « Mélanie » de Plume bernache, voici le deuxième des 3 textes que je vais vous faire découvrir au fil des jours. 
      

Elle marchait le long de la plage... Ses pieds nus écrasaient le sable qui crissait doucement, un pied après l’autre... un pied après l’autre... le flux et le reflux... À l’image de sa vie. Elle marchait le long de la plage...

L’aube avait mis du rose sur un fond violiné. Les vaguelettes brodaient sur son passage et laissaient un peu de dentelle blanche sur le bout de ses pieds... Cette fraîcheur... Cette dernière racine pour l’ancrer dans la vie, en cet instant, ce moment hors du temps...
Le reste de son corps était absent. Sa tête n’était que bulle, si légère, si fragile, transparente, avec juste un léger écho tenace de la musique de Mélanie De Biaso.

          Elle marchait le long de la plage...



Dans un ultime réflexe, elle avait fui. Une survie en partance, au gré du vent, au gré du temps...

Partir pour se donner rendez-vous dans un ailleurs tout proche et tellement lointain...

            Elle marchait le long de la plage...

Un infime germe de vie lui restait là, collé au creux de son intime, pour lui montrer l’ampleur des rendez-vous manqués. Ami ? Ou ennemi ?...

Le temps n’était plus aux questions. Plus aux prières de l’incroyant. Le temps était à l’abandon, la soumission. Un combat inégal d’existence perdue, d’espérance pendue. L’heure du chant d’une vague et de ce vague à l’âme. Ce rythme lancinant pour caresser le vide, flatter cette douleur qui n’en était plus une, cette peine livide. Attendre qu’elle se meure avec chaque reflux.

             Elle marchait le long de la plage...

Plus aucune présence, aucune main tendue, pas un souffle du temps. Seul, le sable qui lui mordait les pieds, l’accrochant tendrement, et le mouillé, ce baume consolant.
Une coulée de ciel essuya un embrun, effleura son épaule. Une odeur plus salée se coula dans sa gorge. L’épaule a frissonné. Un oiseau a crié. Elle s’éveillait enfin !
Dans un frémissement, tout au creux de son ventre, la vie avait bougé, cette douce violence. Un oiseau s’envolait. Le froid sous la plante des pieds... La vie enlaçait ses chevilles et doucement montait...

C’était comme une traîne qu’elle laissait derrière elle et qui disparaissait. Le passé s’en allait. Le passé se lavait. Elle avançait et cette longue écharpe d’écume s’effilochait au gré du flux et du reflux que les vagues léchaient infatigablement.

              Elle marchait le long de la plage...

À gauche, le ciel lourd de ses gris, de ses bleus outremer. La nuit qui s’éloignait...
À droite, le Levant. La magie des petits matins, la splendeur des origines retrouvées...
Passagère du temps, elle marchait juste entre les deux. Un pas après l’autre... Un pas après l’autre sans jamais s’affranchir. C’était sa vie. En équilibre sur le fil tendu, funambule insomniaque. Sans jamais regarder en bas, tout au fond, le fleuve de la vie, limoneux et gluant, ce facile appelant... Sans jamais trébucher entre le Couchant et l’Orient, gardienne de la gravité. Ne jamais s’arrêter... C’était sa vie.

               Elle marchait................ le long de la plage...

A.Nonyme

Atelier d'écriture de la Petite mission : sévices textuels animés par Christian. Vous pouvez retrouver les textes de l'atelier sur le site : L'Écriptoire

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

En face de « Commentaire : » À la place de Compte Google, cliquez sur la flèche et sélectionnez Anonyme. Votre commentaire ne sera publié qu'une fois validé par le modérateur.